Chronologie
des événements
survenus en France à propos des collections d'art
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| 1933 |
30
janvier Adolf Hitler est nommé chancelier du Reich par le président Hindenburg. 5 mars En Allemagne, le N.S.D.A.P. (Parti National-Socialiste Ouvrier Allemand) obtient 44% des voix aux élections au Reichstag. avril Premières expositions contre l'art moderne organisées dans plusieurs villes allemandes. 1er avril Le N.S.D.A.P organise une jounée nationale de boycott des magasins juifs. Dans les mois suivants, les Juifs sont éliminés, par la loi, de ladministration, du barreau, et de nombreuses professions, en particulier à caractère culturel. 10 mai Premier autodafé de livres censurés à Berlin. |
| 1935 |
10
septembre Au congrès du N.S.D.A.P. à Nuremberg, Hitler s'en prend violemment à l'art moderne. 15 septembre Lois de Nuremberg : les Juifs perdent leurs droits civiques. Tout mariage ou relation sexuelle entre Juifs et Aryens est interdit. |
| 1936/ 1937 |
En France, l'Administration
des musées commence à préparer un plan de protection
des uvres dart en cas de guerre avec lAllemagne. |
| 1937 |
19
juillet - 30 novembre Exposition "Entartete Kunst" (Art dégénéré) à Munich : les oeuvres d'art moderne confisquées dans les musées allemands sont présentées comme expressions de la dégénérescence judéo-bolchévique de l'Allemagne. La "purification" des musées est poursuivie dans les mois suivants. |
| 1938 |
mars Franz Hofmann, président du comité de confiscation des musées allemands, déclare les musées "purifiés". Presque seize mille uvres ont été retirées. 12 mars Les Allemands entrent en Autriche qui est déclarée unie au Reich. C'est l'Anschluss. 26 avril En Allemagne, un décret oblige les Juifs à déclarer tout ce qu'ils possèdent. L'expropriation de la communauté juive peut être entamée sur une grande échelle. mai Constitution dune Commission pour l'exploitation des uvres d'"art dégénéré" confisquées. Alfred Rosenberg, Robert Scholz, Adolf Ziegler, Heinrich Hofmann, Karl Haberstock y participent. Une salle des ventes est ouverte au château de Niederschonhausen, non loin de Berlin. Quatre marchands renommés (Karl Buchholz, Ferdinand Möller, Bernhard Boehmer et Hildebrand Gurlitt), sont chargés de procéder à la commercialisation de ces uvres : ils peuvent les acheter très bon marché, à condition de payer en devises. La vente est aussi ouverte aux Allemands payant en devises fortes, ou avec des objets dart susceptibles d'intéresser Hitler. Juin Un décret établit que lÉtat ne doit payer aucune indemnité pour les uvres dart dégénéré" confisquées. 14 juin Le ministre de l'Intérieur Frick établit que la propriété des entreprises juives est transférée à l'Etat, qui peut les revendre aux citoyens allemands. C'est le début de "l'aryanisation" des biens juifs. 27 septembre Départ du premier convoi de chefs-d'uvre du Louvre pour le château de Chambord. 29-30 septembre Accords de Munich. Les départs d'uvres pour Chambord sont interrompus. 9 au 10 novembre "Nuit de cristal" dans toute l'Allemagne : maisons, synagogues et commerces juifs sont brûlés à l'appel des nazis. Trente mille Juifs sont arrêtés et internés dans les camps de Dachau et Buchenwald. |
| 1939 |
15
mars L'Allemagne envahit la Tchécoslovaquie. 20 mars Autodafé à Berlin d'environ cinq mille oeuvres d'"art dégénéré". 6 juin Hitler désigne le Docteur Hans Posse, directeur du musée de Dresde, comme seul responsable des acquisitions (par achats ou saisies) pour le futur musée de Linz. Projeté par Hitler lui-même, ce musée était destiné à accueillir la plus grande collection d'art germanique ainsi que des chefs-d'oeuvre d'art étranger. 30 juin À Lucerne, une vente aux enchères organisée par la galerie Fischer propose cent vingt-six oeuvres d'art moderne "dégénéré" provenant des musées allemands. Les recettes seront déposées à Londres, sur des comptes bancaires contrôlés par les Allemands. 24 juillet Le secrétaire particulier de Hitler, Martin Bormann, informe le Reichskommissar Buerckel et dautres autorités que les collections saisies dans les territoires dernièrement conquis doivent être conservées intactes, afin que Hitler ou Posse puissent faire leur choix pour le musée de Linz. Labondante quantité dobjets dart accumulé sera appelée le "Führervorbehalt" (réserve du Führer). 23 août Signature à Moscou du pacte de non-agression germano-soviétique. 25 août Les musées de Paris sont autorisés à fermer leurs portes. 27 août-28 décembre Trente-sept convois emportent, pour les protéger, une grande partie des collections nationales de Paris au château de Chambord et dans une quinzaine d'autres châteaux. Certains d'entre eux (notamment Chambord, Brissac et Sourches) accueillent également plusieurs collections de particuliers juifs, qui ont confié leurs oeuvres au Musées nationaux. 1er septembre L'Allemagne envahit la Pologne. 3 septembre La Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l'Allemagne. |
| 1940 |
10
mai Offensive générale de l'armée allemande sur le front ouest. Invasion des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg. 11 mai Création du Kunstschutz, commission de protection des oeuvres d'art de la Wehrmacht (l'Armée allemande) dirigée par le comte Wolff-Metternich, dont la mission est de protéger et de recenser les oeuvres d'art en zone de guerre conformément aux accords internationaux. Ce service s'opposera aux saisies d'oeuvres pratiquées par d'autres organisations allemandes, dans les limites de son pouvoir. 15 mai Le front français est percé à Sedan. 20 mai Le commandant en chef de l'armée allemande prévoit que dans les territoires occupés les entreprises privées de leurs dirigeants seront gérées par des administrateurs provisoires. été Nouvelle vague d'évacuation d'oeuvres des musées français au-delà de la Loire, à l'Abbaye de Loc-Dieu. Elles seront déplacées par la suite vers d'autres lieux de dépôt. 10 juin Le gouvernement quitte Paris, déclarée "ville ouverte". 14 juin Occupation de Paris par les Allemands. 17 juin Le Maréchal Pétain devient chef du gouvernement français. 18 juin De Londres, le général de Gaulle appelle les Français à la résistance. 22 juin Les autorités françaises et allemandes signent l'armistice de Rethondes. 24 juin Lettre du chef du haut-commandement de la Wehrmacht, le général Keitel, au contre-amiral Lorey, directeur du musée militaire de Berlin, ordonnant de prendre les dispositions nécessaires pour le retour immédiat des trophées de guerre dorigine allemande se trouvant à Paris. 30 juin Un ordre de Hitler établit la "mise en sécurité" des objets d'art appartenant à l'État français ou à des particuliers, notamment à des Juifs. Le ministre des Affaires étrangères von Ribbentrop confie la responsabilité du projet à Otto Abetz, ambassadeur du Reich à Paris. 1er juillet Otto Abetz ordonne au commandant militaire de Paris la saisie des collections françaises des musées de Paris et de province, ainsi que le recensement et la saisie des uvres d'art possédées par les Juifs dans les territoires occupés. Les objets précieux doivent être transférés à Paris, à l'ambassade d'Allemagne, rue de Lille. Sur les collections publiques, l'intervention se limitera à une mainmise administrative sur les dépôts. 4 juillet Otto Abetz adresse à la Gestapo la liste des quinze principaux marchands parisiens d'objets d'art, chez qui il demande une perquisition de police d'urgence, avec saisie des oeuvres. Parmi ceux-ci : Seligmann, Wildenstein, Alphonse Kann, Paul Rosenberg et Bernheim-Jeune. 10 juillet L'Assemblée nationale, installée à Vichy, accorde les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. 15 juillet Une ordonnance allemande notifie aux Français des territoires occupés l'obligation de déclarer à la Kommandantur compétente tous les objets transportables, de valeur supérieure à cent mille francs. Une deuxième ordonnance, publiée le 30 juillet, vient compléter celle-ci en interdisant tout déplacement, modification ou aliénation des objets d'art sans autorisation préalable. 23 juillet Loi de Vichy établissant la déchéance de la nationalité française pour les Français ayant quitté la France. 30 juillet Une ordonnance, publiée dans le Journal Officiel de la Wehrmacht, interdit tout déplacement, modification ou aliénation des objets d'art sans autorisation préalable. L'ordre de Hitler du 30 juin et les ordonnances du 15 et du 30 juillet sont interprétées par le comte Metternich, chef du Kunstschutz, comme une obligation de conserver intactes jusqu'aux négociations de paix la totalité des collections françaises. Face à l'hostilité d'Abetz, Metternich obtiendra par le Feldmarschall von Brauchitsch un arrêté rétablissant la situation en faveur du Kunstschutz. Les délégués de l'ambassade ou du ministère des Affaires étrangères sont seulement autorisés à étudier les inventaires. Tout transfert d'uvres d'art leur est formellement interdit. Des affiches officielles mettent sous la protection de l'armée les principaux dépôts. fin juillet Installation de l'Einsatzstab Reichsleiters Rosenberg (E.R.R.) à Paris. Ce service est à l'origine chargé des opérations de saisie des bibliothèques et des archives, pour mener la "lutte contre le judaïsme et la franc-maçonnerie". Dès septembre 1940, il deviendra le service officiel de confiscation des biens juifs et franc-maçons dans l'Europe occupée. Il est dirigé par le théoricien du régime, Alfred Rosenberg, représenté en France par le baron Kurt von Behr. août Joseph Goebbels demande au Docteur Kümmel, Directeur Général des Musées Nationaux du Reich, de dresser une liste des oeuvres d'art et objets précieux d'origine allemande se trouvant dans les pays occupés, au fin d'une récupération ou, en cas de disparition, d'une compensation par d'autres oeuvres. 6 et 7 août L'Alsace-Lorraine est annexée à lAllemagne. Les biens des juifs et des francs-maçons sont transférés aux organisations nazies. 16 août Une lettre du service des Affaires étrangères, signée Abetz, au maréchal von Brauchitsch, propose à ce dernier un projet de réglementation pour la saisie des objets dart publics, privés et "surtout juifs". Lopération est confiée au baron von Künsberg, sur les directives dAbetz. Le Kunstschutz, dirigé par le comte von Metternich, se limiterait à prêter une assistance technique au service de von Künstberg. Les listes établies doivent être transmises par Abetz au ministre des Affaires étrangères. Celui-ci et le Führer décideront si les objets seront ou non transférés en Allemagne. Une caisse spéciale doit être créée pour les sommes provenant de ces objets, considérés comme un acompte pour les réparations. 31 août Abetz envoie à Berlin une documentation complète sur les tableaux des collections publiques confisquées en zone occupée. Il fait également parvenir au ministère des Affaires étrangères du Reich une liste des trente tableaux les plus précieux trouvés dans les hôtels particuliers israélites de Paris : "un premier résultat" des recherches effectuées. 8 septembre L'Etat-major de la Wehrmacht impose des commissaires-gérants aux entreprises juives que leurs propriétaires ont quittées. 10 septembre Le gouvernement de Vichy décide que des administrateurs provisoires prendront en charge les entreprises et les immeubles dont les dirigeants ne peuvent exercer leurs fonctions. 13 septembre Ordre du président du tribunal des Hautes-Pyrénées de mettre en séquestre et de liquider les biens du baron Maurice de Rothschild trouvés à Argelès-Gazost. Recourant au droit de préemption, les Musées se font attribuer les oeuvres d'art séquestrées. 17 septembre Hitler donne ordre à la Wehrmacht
d'accorder toute l'aide possible à l'E.R.R. et précise que Alfred Rosenberg
est "autorisé à transférer en Allemagne les biens culturels qui lui
paraissent précieux et à les sauvegarder dans ce pays". Sur ordre de Hitler les titres de propriété
en vigueur en France acquis avant le 1er septembre 1939 demeurent inchangés.
Par contre, les cessions faites après cette date à l'Etat français ou à
des particuliers sont déclarées inopérantes et illégales. 26 septembre Les responsables de lHôtel Drouot à Paris, demandent lautorisation de reprendre leur activité de vente aux enchères. Elle sera accordée par le Docteur Bunjes du Kunstschutz, à condition de lui envoyer tous les catalogues et de signaler les uvres évaluées à plus de cent mille francs, ainsi que les noms et adresses de leurs acheteurs. Le marché officiel duvres dart se développe en même temps que le marché noir, auquel participent aussi bien des Français que des étrangers. 27 septembre Promulgation d'une ordonnance allemande concernant les Juifs. Ils seront désormais recensés et désignés par la mention "Juif" apposée sur leurs cartes d'identité. Il est interdit aux Juifs qui ont fui la zone occupée d'y revenir. Octobre LE.R.R. saisit la bibliothèque Tourgueniev, créée à Paris par des immigrés russes. La collection, comprenant plus de cent mille volumes, est envoyée à Berlin puis, semble-t-il, à Prague, où les nazis voulaient fonder un "centre détudes slaves". La collection sera ensuite saisie par lArmée rouge et envoyée en Union Soviétique. 3 octobre Le Conseil des ministres de Vichy décide d'un "Statut des Juifs". Ils sont notamment exclus des principales fonctions publiques et culturelles. 5 octobre Loi confiant au gouvernement français la gestion et, le cas échéant, la liquidation des biens mis sous séquestre de tous les émigrés. 8 octobre Une note du chef de l'administration militaire allemande, inspirée par le Kunstschutz, donne l'ordre d'enlever de l'ambassade d'Allemagne à Paris les objets d'art saisis par Abetz et de les transporter au Musée du Louvre. Au cours du mois, plusieurs centaines d'oeuvres et d'objets d'art seront ainsi déplacés. 28 octobre Le Docteur Turner fait saisir par la Feldpolizei deux cents caisses duvres confisquées mises en dépôt par l'ambassade dans les locaux de la firme de transports Schenker, en vue de leur expédition en Allemagne. 30 octobre Plus de quatre cents caisses d'oeuvres saisies, accumulées au Louvre ou se trouvant encore à l'ambassade d'Allemagne, sont transférées au Jeu de Paume qui devient le principal lieu de rassemblement des oeuvres saisies par l'E.R.R. Rose Valland, responsable technique du bâtiment, est la seule française spécialiste d'art autorisée à fréquenter les locaux. Elle se chargera, jusqu'à la Libération de Paris, de recueillir tous les renseignements utiles et de les communiquer au fur et à mesure à la direction des Musées nationaux. Les oeuvres d'"art dégénéré" sont reléguées dans des salles au fond du Jeu de Paume et seront notamment utilisées pour des échanges avec des oeuvres anciennes. 31 octobre Lors d'une conférence, Jacques Jaujard, directeur des Musées nationaux, réussit à obtenir de l'E.R.R. un accord pour l'établissement d'un inventaire contradictoire des oeuvres rassemblées au Jeu de Paume, dressé par des représentants des autorités allemandes et françaises. À peine commencé par Rose Valland, il est interrompu le 1er novembre sur ordre des Allemands. Cette interruption sera à l'origine des difficultés d'identification des oeuvres saisies, après la guerre. fin octobre Le gouvernement de Vichy proteste contre les initiatives de l'ambassadeur Abetz relatives aux saisies de biens privés. Les autorités allemandes répliquent que les biens des personnes déjà sorties du territoire français ne concernent pas le gouvernement français qui avait déclaré qu'elles n'étaient plus des citoyens français. 1er novembre L'inventaire français des uvres recueillies au Jeu de Paume, à peine commencé par Rose Valland, est arrêté sur ordre des autorités allemandes. 2 novembre Lettre de Jacques Jaujard au secrétaire général de l'Industrie et du Commerce intérieur, chargé des affaires de séquestre. Se référant à la loi du 10 septembre 1940, Jaujard essaye d'assurer la protection des collections des Juifs non déchus de la nationalité française, à travers la nomination d'administrateurs provisoires auxquels confier ces collections. 3 et 5 novembre Premières visites de Hermann Goering au Jeu de Paume. Une sélection d'oeuvres saisies est exposée. Goering en choisit vingt-sept pour sa collection. Il reviendra au Jeu de Paume plusieurs fois. 5 novembre Dans une ordonnance signée à Paris, Goering donne sa protection à l'activité de l'E.R.R. et établit le programme d'utilisation des collections juives saisies, qui privilégie le choix du Führer, puis sa propre collection. 18 novembre Diffusion dun ordre de Hitler au chef de la Wehrmacht et à plusieurs grands administrateurs civils doccupation, établissant que le Führer se réserve toute décision sur les objets dart confisqués par les Allemands en territoire occupé. Les uvres choisies sont destinées à la Mission spéciale de Linz. Cet ordre ne sera pas exécuté de façon rigoureuse, Hitler préférant s'en tenir à des opérations commerciales à la légalité invoquée. Il autorise néanmoins les experts de Linz à compléter leurs achats, en choisissant parmi les uvres confisquées celles quils considèrent adaptées au projet du Führer. Décembre Pour remercier le général Franco de sa neutralité, Pétain décide de lui offrir des chefs-duvre espagnols des collections françaises. Malgré le mécontentement de Pétain, ladministration des Musées nationaux réussira à transformer le cadeau en un échange duvres avec les collections espagnoles. 4 décembre Institution, sous l'autorité du gouvernement de Vichy, de la Société de contrôle des administrateurs provisoires, organisation destinée à gérer "l'aryanisation" des entreprises juives en zone occupée. 14 décembre Lettre du secrétaire d'État aux Finances Deroy au général La Laurencie, délégué du gouvernement français pour les territoires occupés. Le texte, élaboré en commun par les directeurs des Domaines et des Musées nationaux, demande une intervention auprès de l'autorité supérieure allemande pour que celle-ci facilite "à l'administration des Domaines chargée de la gestion des patrimoines séquestrés, l'accomplissement de sa mission". 31 décembre Hitler autorise la sortie de France d'oeuvres saisies par l'E.R.R.. |
| 1941 |
au
cours de l'année L'E.R.R. et le Devisenschutzkommando (unité de contrôle des devises, s'occupant surtout de finances, mais aussi des valeurs artistiques) saisissent, entre autres, de nombreuses collections appartenant à la famille de Rothschild, à Jacques Stern, à Alfred Lindon, à Alphonse Kann. février Succédant à Laval, l'amiral Darlan devient vice-président du conseil et successeur désigné de Pétain. 8 février Suite à un ordre de Goering du 5 février, des oeuvres d'art appartenant aux collections juives saisies et destinées à Hitler et à Goering lui-même, partent pour l'Allemagne. Après celle-ci, les expéditions vers l'Allemagne se succèdent jusqu'à la fin de l'occupation. Entre avril 1941 et juillet 1944, on peut compter quatre mille cent soixante-quatorze (4 174) caisses, contenant plus de vingt mille lots. mars Premier échange par l'E.R.R. d'oeuvres d'"art dégénéré" saisies et rassemblées au Jeu de Paume avec des tableaux anciens venus du marché. 29 mars Création par Vichy d'un Commissariat général aux Questions juives. Il essaiera en vain de récupérer pour son propre compte les oeuvres confisquées aux Juifs français par les nazis. avril Les musées de province français sont placés sous la tutelle des Musées nationaux. 10 avril Arrêté établissant la constitution du Comité
supérieur des Séquestres et Liquidations, à la direction des Domaines. Il
vise à garder en France des oeuvres et des objets d'art saisis en s'appuyant
sur la loi du 5 octobre 1940 et sur le droit de préemption reconnu aux Musées
depuis le 31 décembre 1921. Gabriel Cognacq, vice-président du Conseil
des Musées nationaux, et Jacques Jaujard, informent Fernand de Brinon, délégué
général du gouvernement français dans les territoires occupés, du danger
de saisie des collections juives confiées aux Musées nationaux. 11 avril Les collections David-Weill confiées aux Musées nationaux sont saisies au château de Sourches (Sarthe) par l'E.R.R.. 21 avril Une lettre de Jaujard au secrétaire général des Beaux-Arts accuse le silence de ce dernier sur la saisie des collections juives confiées à l'administration française. 24 avril L'amiral Darlan donne l'ordre au secrétaire général des Beaux-Arts de retirer la Diane au bain de Boucher de son dépôt et de la renvoyer au Louvre. Désiré par von Ribbentrop, le tableau sera l'objet d'une négociation visant à un échange avec d'autres uvres mais devant l'impossibilité de fournir les Watteau des Musées de Berlin et de Dresde réclamées par les Français, Ribbentrop renonce au tableau le 1er août 1941. 14 mai Première vague d'arrestations massives de Juifs étrangers à Paris. 2 juin Nouveau statut des Juifs institué par le gouvernement de Vichy. Il élargit la liste des emplois interdits et étend le recensement des Juifs à l'ensemble de la France. 10 juin Lettre de protestation officielle de l'amiral Darlan à Fernand de Brinon, délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, sur les saisies allemandes de collections d'art de Juifs ayant perdu la nationalité française, et des collections juives confiées à l'administration française. 23 juin Promulgation par Vichy d'une loi sur l'exportation des oeuvres d'art déclarant obligatoire l'autorisation du secrétaire d'État à l'Éducation nationale et à la Jeunesse pour l'exportation d'objets ayant un intérêt national d'histoire ou d'art. Ces dispositions sont applicables aux oeuvres antérieures au 1er janvier 1900 et ne concernent pas les artistes vivants. Sur les objets proposés à l'exportation, l'État se réserve le droit de préemption. Cette réglementation ne pouvait pas s'appliquer aux sorties d'oeuvres organisées par l'E.R.R.. 26 juin Lettre de protestation du directeur des Domaines à de Brinon pour la saisie des uvres de la collection David-Weill, "biens privés sous séquestre". La lettre rappelle la convention internationale de La Haye (1907) garantissant les possessions personnelles. 7 juillet Des collections juives (Jacobson, Leven, Roger Lévy, Reichenbach, etc.), confiées aux Musées nationaux, sont enlevées par l'E.R.R. du château de Chambord et amenées au Jeu de Paume. mi-juillet Premier échange officiel duvres confisquées organisé par lE.R.R. en Suisse. Vingt-deux tableaux impressionnistes provenant du Jeu de Paume et déposés à Neuschwanstein, sont échangés, en faveur de Goering, contre six uvres anciennes de la galerie Fischer de Lucerne. Après laccord établi à Berlin, les uvres entrent en octobre en Suisse, fournies des documents officiels. Après cet échange et jusquà la fin de 1943, lE.R.R. conclut en Suisse au moins vingt-huit échanges ou trocs officiels. 22 juillet Le Commissariat général aux Questions juives reçoit le droit de nommer des administrateurs provisoires pour les entreprises appartenant aux Juifs. Ces administrateurs peuvent procéder à la liquidation des biens au profit d'acquéreurs aryens. 25 juillet L'intervention du 10 juin ayant échoué, le Commissariat général aux Affaires juives adresse une note de protestation à propos du même sujet au Docteur Best, directeur des services administratifs du commandement militaire en France. 11 août Suite à la demande des directeurs des Domaines et des Musées nationaux, l'amiral Darlan adresse une lettre, hors des circuits diplomatiques habituels, au commandant militaire en pays occupé, le général von Stulpnagel, pour que cesse la prévarication des biens juifs. deuxième quinzaine d'août Les saisies de collections juives confiées au Musées nationaux se poursuivent. Les collections Kapferer, Erlanger, Raymond Hesse, Simon Lévy, Léonce Bernheim sont enlevées du château de Brissac. 20 août Deuxième rafle des Juifs étrangers à Paris (quatre mille arrestations). 5 septembre Ouverture de l'exposition Le Juif et la France au Palais Berlitz à Paris. 3 novembre La position allemande sur la saisie des collections juives est enfin déclarée dans un texte adressé par l'adjoint de Rosenberg, Gerhardt Utikal, au général Reinecke, chef du service de l'Administration générale de l'Armée à Berlin. Selon ce texte, les Allemands, en conquérant la France, l'ont libérée de l'influence de la "juiverie internationale". L'armistice avec le peuple français n'est pas valable pour les Juifs, considérés comme ennemis du Reich. Et puisqu'en France, la plupart des Juifs sont à l'origine venus d'Allemagne, il faut considérer la "sauvegarde" de leurs oeuvres comme "une faible indemnité" pour les sacrifices consentis par le Reich dans la lutte contre "la juiverie" dont bénéficie l'Europe. 18 décembre Dans un mémorandum adressé à Hitler, Alfred Rosenberg demande au Führer son approbation pour la saisie, dans les territoires occupés, de tout le mobilier appartenant à des Juifs émigrés ou en train démigrer, afin de fournir en mobilier ladministration de lEst. Hitler acceptera la proposition et confiera à Rosenberg les pleins pouvoirs pour cette action. fin de l'année Convoqué par Goebbels à Berlin, le comte Metternich, chef du Kunstschutz, obtient que les revendications allemandes d'oeuvres d'art, adressées à la France sur la base du "rapport Kümmel", ne soient présentées qu'au moment du traité de paix : auparavant il n'y aura pas de transfert d'oeuvres d'art des collections nationales françaises revendiquées par les Allemands. |
| 1942 |
20
janvier Conférence de Wannsee, près de Berlin : la "solution finale du problème juif en Europe" est décidée. 10 mars Un rapport de Rose Valland donne la liste des uvres dart moderne présentes à cette date au Jeu de Paume, en précisant la collection dorigine. avril LE.R.R. recourt pour la première fois à la valise diplomatique pour faire entrer en Suisse des uvres saisies destinées à des échanges. Lenvoi comprend notamment vingt-cinq tableaux impressionnistes (dont vingt-quatre provenant de la collection Paul Rosenberg), échangés par Goering contre des uvres et des tapisseries anciennes du marchand allemand Hans Wendland. 7 avril Une ordonnance allemande aux chefs de sections administratives d'occupation leur commande de ne répondre que verbalement aux demandes d'explications sur les saisies et de les justifier comme des "mesures punitives". 18 avril Constitution du nouveau ministère par Laval, chef du gouvernement et ministre de l'Intérieur et des Affaires étrangères. Abel Bonnard devient ministre de l'Éducation nationale. début mai Deux services, dépendant de Rosenberg, sont institués pour procéder à la spoliation des biens mobiliers juifs dans les territoires occupés en Europe de l'ouest : la M-aktion ("Möbel aktion", c'est-à-dire "Plan Meuble"), qui centralise administrativement toutes les opérations et reçoit ses ordres directement de Berlin et la Dienststelle Westen, qui s'occupe des objets de valeur artistique, se confondant avec l'E.R.R.. Le rapport de von Behr sur la M-aktion (qu'il dirige à Paris jusqu'au 31 juillet 1944) indique que soixante-neuf mille six cent dix-neuf (69 619) logements juifs, dont trente-huit mille à Paris, ont été vidés de tous objets usuels ou ornementaux. 6 mai Louis Darquier de Pellepoix est nommé commissaire général aux Questions juives. 15 mai Ouverture de la rétrospective du sculpteur nazi Arno Breker à l'Orangerie des Tuileries à Paris. 29 mai Sur décision allemande, les Juifs de la zone occupée ayant plus de 6 ans doivent porter l'étoile juive. mai-décembre Évacuation des collections des musées de la région du Nord, de la Normandie et de la Bretagne aux châteaux de Rougère, Baillou, Grand-Lucé. 11 juin Décision allemande de déporter dans les camps de concentration de l'Europe orientale cent mille Juifs habitant en France. 18 juin Une lettre dAlfred Rosenberg à Goering annonce à ce dernier un redimensionnement de son pouvoir à lintérieur de lE.R.R., mais lautorise à garder son chargé de mission spécial, pour "l'exécution de ses désirs personnels". Dailleurs, allant contre les intérêts de Goering, Rosenberg affirme que les uvres saisies doivent être destinées au N.S.D.A.P. Lorganisation envisage létablissement dinventaires des objets dart saisis. 16-17 juillet Rafle du Vel' d'Hiv. Treize mille juifs d'origine étrangère sont arrêtés en région parisienne. La police française est chargée de l'opération. été Les Allemands s'emparent du polyptyque de L'Agneau mystique des frères Hubert et Jan Van Eyck, confié, en mai 1940, par la ville de Gand aux Musées nationaux français et mis à l'abri au musée de Pau. En France, l'ordre de remise du polyptyque aux autorités allemandes vient de Laval. Cette opération déclenche la protestation du Comité des conservateurs des Musées nationaux, qui seront blâmés par le ministre de l'Éducation nationale. 6 août Ouverture partielle du Musée d'art moderne au Palais de Tokyo. Un tiers de la collection est ramené des dépôts de la zone occupée et exposé. 11 novembre Suite au débarquement des Alliés en Afrique du Nord, les Allemands entrent en zone libre française. 20 novembre Réunion des conservateurs des Musées nationaux, convoqués par leur directeur. Après celle-ci, le Comité des Musées nationaux adresse à Vichy une déclaration souhaitant que le gouvernement français s'associe officiellement aux autorités belges pour réclamer la restitution du polyptyque de Gand. 27 novembre Loccupation de Toulon par les Allemands conduit la flotte française à se saborder. 8 décembre Une lettre du ministre de l'Éducation nationale au secrétaire général des Beaux-Arts blâme l'initiative des conservateurs au sujet de l'enlèvement du polyptyque de Gand. 17 décembre Proposition allemande d'établir un courant d'échanges entre les musées allemands et français. L'opération, soutenue par Goering, vise à l'appropriation de quelques chefs-d'oeuvre français. Mais faute d'accord final avec les musées allemands, les échanges ne seront jamais reconnus officiellement par les autorités françaises. |
| 1943 |
5
janvier Une déclaration solennelle, signée à Londres par les Alliés, établit comme nuls et sans effets tous les transferts de propriété effectués en territoires contrôlés par l'ennemi. 7 janvier Suite à la préparation des négociations officielles sur les échanges d'uvres dart avec les Musées nationaux, au cours de laquelle Goering obtient le soutien de Laval, le secrétaire général des Beaux-Arts fait connaître la première liste d'uvres d'art demandées par les dirigeants allemands. La liste est ensuite réduite à dix uvres, parmi lesquelles lAntependium de Bâle et la Madeleine ( dite la "Belle Allemande") de Gregor Erhardt, une statuette en bois du XVe siècle. Les autorités françaises accepteront en principe les échanges, sauf pour le chef-duvre de Bâle. mars Évacuation des collections des musées du littoral méditerranéen et de la vallée du Rhône vers les dépôts de Laval, Javon, La Bastie d'Urfé, Saint-Guilhem, Saint-Félix. 15 mars Après la mort de Hans Posse, Hitler nomme Hermann Voss, directeur du musée de Wiesbaben, à la direction du projet de Linz. 2 avril Une note du ministère de lEducation nationale sur léchange duvres dart entre les collections nationales françaises et allemandes souligne que les deux pays ne traitent pas sur un pied dégalité et que, par conséquent, il est impossible de négocier sur des uvres de limportance de lAntependium de Bâle. 6 avril Henry Schloss et son épouse sont enlevés par des agents marseillais du Commissariat général aux Questions juives. Laction est commandée par Laval, afin que soit localisée la collection de la famille. Deux jours après, Lucien Schloss est arrêté par la police allemande. La collection, constituée denviron trois cent trente tableaux de maîtres hollandais du XVIIe siècle, est camouflée dans un dépôt de la banque Jordaan, au château de Chambon en zone sud. Lintérêt de Hitler et de Goering pour ces uvres avait poussé Laval à envisager leur vente au profit des caisses de Vichy. Laffaire est confiée à Darquier de Pellepoix. 16 avril La police allemande essaie de transférer
la collection Schloss de la zone sud à Paris, mais, à la suite de lintervention
du préfet de Corrèze, la collection est momentanément déposée à Limoges. Suite à une campagne
de dénigrement de lE.R.R., Rosenberg envoie à Hitler un rapport sur
lorganisation et lui offre, pour son prochain anniversaire (20 avril),
trente-neuf volumes de photographies des chefs-duvre confisqués
provenant des collections juives françaises, afin de le convaincre de la
validité du travail de lE.R.R. Dans le rapport, Rosenberg affirme
quà lissue des opérations déchanges duvres
d"art dégénéré", le reliquat subsistant sera éliminé.21 avril Après réception des volumes de photographies offert par lE.R.R. à Hitler, une lettre de Martin Bormann, secrétaire particulier du Führer, à Alfred Rosenberg, demande le transfert de responsabilité de la totalité de objets dart confisqués par lE.R.R. aux experts du musée de Linz. Lordre, décidé par Hitler, vise à la liquidation de lE.R.R. en faveur de la Mission spéciale Linz. avril-août Suscitant l'intérêt des Allemands comme du gouvernement de Vichy, la collection Schloss, cachée en zone Sud, est l'objet de plusieurs tentatives de récupération, menées en allant jusqu'à enlever des membres de la famille. Transférée à Paris, par ordre de Vichy, la collection sera partagée. Les Allemands récupèrent deux cent soixante deux oeuvres pour le musée de Linz, contre une "indemnisation" promise au Commissariat aux Questions juives. Les Musées nationaux de leur côté utilisent leur droit de préemption pour garder en France quarante-neuf oeuvres. Enfin, une part est réservée au marchand Jean-François Lefranc, agent de Vichy qui avait mené l'affaire. avril-mai Après réception des trente-neuf volumes de photographies d'oeuvres saisies en France offert par l'E.R.R. à Hitler, une lettre de Martin Bormann, secrétaire particulier du Führer, à Alfred Rosenberg, demande le transfert de responsabilité de la totalité des objets d'art confisqués par l'E.R.R., aux experts du musée de Linz. Rosenberg obtient toutefois le maintien des activités de son organisation, celle-ci étant chargée du catalogage des oeuvres. 4 mai En réaction aux ordres du 21 avril, Alfred Rosenberg envoie une lettre à Martin Bormann pour affirmer le rôle irremplaçable de lE.R.R. Il soutient notamment la nécessité de faire achever par lorganisation le catalogage des uvres afin, selon lui, de poursuivre les controverses encore ouvertes avec le gouvernement français. Une prolongation dactivité sera finalement accordée à lE.R.R. pour terminer ses travaux en France et en Allemagne. 27 mai Dans Le Front de l'art, publié en 1961, Rose Valland indique à cette date la destruction d'environ cinq ou six cents oeuvres d'art moderne (parmi lesquelles des oeuvres de Masson, Miró, Picabia, Valadon, Klee, Ernst, Léger, Picasso, Kisling, La Fresnaye, Marval, Mané-Katz), brûlées par l'E.R.R. dans le jardin intérieur du Jeu de Paume. Elle est le seul témoin de l'affaire. Il faut noter que le recueil des rapports de l'époque indique pour ces destructions la date du 23 juillet, plus en accord avec le déroulement des événements, tels qu'elle-même les raconte aussi dans son livre. (Voir notice 19 juillet 1943). juillet Création aux États-Unis de la Roberts Commission (American Commission for the Protection and Salvage of Artistic and Historic Monuments in War Areas). La commission désigne des M.F.A.A. Officers (Monuments, Fine Arts and Archives Officers) chargés d'assister sur le terrain les états-majors pour la récupération d'oeuvres d'art. 19 juillet À la suite d'une réunion à Berlin début juillet, une commission de représentants de l'E.R.R. se réunit au Louvre pour décider de l'avenir des oeuvres d'art moderne saisies. Les oeuvres ayant un intérêt économique (tableaux de Courbet, des Impressionnistes, de Bonnard, de Vuillard, de Matisse, de Braque, de Dufy, de Marie Laurencin, etc.) sont préservées et apportées au Jeu de Paume, dans la salle dite des "Martyrs". Les autres oeuvres modernes, rassemblées avec les portraits confisqués aux grandes familles juives, sont tailladées ou découpées et ensuite transportées dans le jardin du Jeu de Paume pour être brûlées. 23 juillet Voir notice 27 mai 1943. 10 août La collection Schloss est transférée par des camions français de Limoges à Paris. La veille, le préfet avait reçu du secrétaire général auprès du gouvernement Laval lordre de laisser partir la collection à Paris. La décision émanait dAbel Bonnard. La direction des Musées nationaux, faisant valoir son droit de préemption, achète quarante-neuf chefs-d'uvre de la collection. Deux cent soixante-deux uvres sont achetées par les Allemands pour le musée de Linz, au prix de cinquante millions de francs, destinés à ladministration de Darquier de Pellepoix. 17 octobre En réponse à la demande de lE.R.R., une lettre du haut-commandement de lArmée donne lautorisation de saisir les uvres dart et les objets dintérêt culturel des hôtels et appartements occupés par larmée, appartenant antérieurement à des Juifs. 30 décembre Jacques Jaujard obtient de son ministre la convocation du Comité des Musées pour débattre des échanges avec les Allemands duvres des collections nationales. Le Comité, favorable à quelques échanges (notamment celui de la Belle Allemande dErhardt) soppose à celui de lAntependium de Bâle. La décision sera acceptée par le Docteur Bunjes et les uvres partiront pour Carinhall. Mais les uvres demandées en contrepartie par les Français ne seront pas envoyées, et celles proposées par les Allemands ne seront pas acceptées par Paris. Aucun de ces échanges ne sera donc avalisé par les Musées nationaux. |
| 1944 |
début
de l'année Les collections des musées situés le long de la côte atlantique depuis La Rochelle jusquà la frontière franco-espagnole sont évacuées vers lintérieur du pays. au cours de l'année Les oeuvres de la Mission spéciale Linz sont cachées dans les mines de sel autrichiennes d'Alt Aussee. 30 mars Le château de Rastignac, en Dordogne, est pillé et brûlé par les SS. Un point d'interrogation subsiste sur le sort des oeuvres de la collection Bernheim-Jeune, qui y étaient cachées. avril Les ministres de l'Éducation des gouvernements alliés créent à Londres une commission, dirigée par le professeur Paul Vaucher, ayant pour but la protection et la restitution des biens artistiques et culturels. La commission restera en fonction jusqu'à la fin de l'année 1946. début avril D'importantes oeuvres de la collection hollandaise Mannheimer, arrivées en région parisienne, quittent Paris pour l'Allemagne, après une vente forcée en faveur du musée de Linz. 6 juin Débarquement anglo-américain en Normandie. 27 juin Sur ordre dHimmler, la Tapisserie de Bayeux est retirée du château de Sourches et transportée au Louvre. juin-juillet Au cours d'une nouvelle vague de confiscations à Paris, la collection Weill-Picard, les collections Van Cleef, Esders et Thalmann sont saisies par l'E.R.R. 1-22 juillet La Conférence monétaire et financière des Nations Unies (Conférence de Bretton Woods) publie une résolution internationale réaffirmant la déclaration de Londres de janvier 1943. De plus, elle recommande que les pays neutres interdisent lexploitation des actifs des dirigeants ennemis dans leur territoire, et notamment des uvres dart. fin juillet-début août Le centre parisien de l'E.R.R. est fermé par les Allemands. Le dernier rapport de l'E.R.R., rédigé à Berlin, fait état pour la France de deux cent trois collections saisies et vingt et un mille neuf cent trois (21 903) objets d'art confisqués. 1er août Cent quarante-huit caisses, comportant notamment des oeuvres d'art moderne, quittent le Jeu de Paume. Elles seront chargées dans cinq wagons du train 40 044, en attente de partir pour Nikolsburg. Le Jeu de Paume est intégré aux défenses allemandes des Tuileries. début daoût Les uvres dart laissées au Jeu de Paume après le convoi du 1er août sont évacuées par les Allemands et transportées dans les salles du Louvre réservées à lE.R.R. Le Jeu de Paume est intégré aux défenses allemandes des Tuileries. 15 août À la suite dordres provenant de Berlin, le commandant de la place de Paris, Dietrich von Choltitz, se rend au Louvre pour sassurer de la présence de la Tapisserie de Bayeux au musée. Quelques jours après, au cours de linsurrection parisienne, des émissaires SS venus de Berlin renonceront à lenlever. 19-25 août Soulèvement de Paris. 20 août Les autorités allemandes donnent ordre au maréchal Pétain de quitter Vichy. Il sera ensuite emmené en Allemagne. 22 août L'ordre d'Hitler au général von Choltitz de détruire Paris n'est pas exécuté. 25 août La division Leclerc à Paris. Le général von Choltitz signe la reddition des Allemands à la gare Montparnasse. 27 août Renseigné par l'intermédiaire de Rose Valland et de la Compagnie des Chemins de Fer, un détachement de l'armée de Leclerc s'empare à Aulnay du train 40 044 (dit ensuite le "train d'Aulnay") contenant le dernier convoi d'oeuvres d'art pour l'Allemagne. L'officier qui dirige l'opération est Alexandre Rosenberg, le fils de Paul, qui, de cette façon, récupère de nombreuses oeuvres de la collection de son père. septembre Création de la Commission de récupération artistique (C.R.A.). Elle sera dotée d'un mandat officiel le 24 novembre suivant. Sous l'autorité d'Albert Henraux, vice-président du Conseil des Musées nationaux, la commission comprend, entre autres, Jacques Jaujard, Rose Valland et René Huyghe. Son siège est symboliquement installé au Jeu de Paume. En liaison avec la C.R.A., l'Office des biens et intérêts privés (O.B.I.P.), lié administrativement à la direction des Affaires économiques du ministère des Affaires étrangères, assure la suite des formalités de restitution. Les réclamations présentées à la commission porteront sur environ cent mille objets d'art. 2 septembre Premier conseil des ministres du Gouvernement provisoire de la République française sous la présidence du général de Gaulle. automne Réouverture des musées parisiens. fin novembre Constitution à l'intérieur de l'O.S.S. (Office of Strategic Service) d'une unité d'enquête sur le pillage des oeuvres d'art, composée d'historiens d'art conseillés par la Commission Roberts. décembre Rose Valland emmène le M.F.A.A. officer
Rorimer dans les locaux de lE.R.R. à Paris, où sont récupérés de nombreux
documents sur lactivité de lorganisation. Le S.H.A.E.F. (Supreme Headquarters Allied
Expeditionary Force) reçoit, par l'intermédiaire de Rose Valland, les noms
de tous les dépôts de l'E.R.R. hors de France où ont été transportées les
oeuvres provenant de ce pays. De nombreux chefs-d'oeuvre ont été recueillis
dans les châteaux de Bavière à Munich, en Tchécoslovaquie et en Autriche.
Tous ces dépôts sont épargnés par les bombardements aériens. |
| 1944/ 1945 |
Au cours
de son avancée vers l'Ouest, l'Armée rouge ne se limite pas
à une politique de récupération des oeuvres russes saisies
par les nazis, mais s'approprie aussi systématiquement d'autres oeuvres. |
| 1945 |
début
de l'année Goering fait détruire sa résidence de campagne Carinhall. Une grande partie des oeuvres de sa collection est transportée dans des trains spéciaux et arrive à Berchtesgaden et à Unterstein en avril. janvier Afin d'éviter des poursuites financières, une réunion de marchands de tableaux opérant en France, décide de ne fournir aucun renseignement à l'administration française sur le commerce illégal d'oeuvres d'art pendant l'Occupation. 4-11 février Au cours de la Conférence de Yalta la division de l'Allemagne en quatre zones d'occupation (États-Unis, Grande-Bretagne, France, URSS) est décidée. février L'enquêteur anglais Douglas Cooper, est envoyé en Suisse par le M.F.A.A. et la Commission de récupération artistique française, pour s'occuper des relations économiques germano-suisses et du sort des biens allemands. Ses révélations sur le trafic illégal d'oeuvres d'art avec les nazis amènent le gouvernement suisse à promettre d'intervenir. mars Le M.F.A.A. officer Rorimer part en Allemagne, emportant avec lui les listes des dépôts de l'E.R.R. fournies par Rose Valland. Celles-ci sont également confiées aux autorités françaises. avril À Munich, le Führerbau est pillé
par la foule avant l'entrée des armées américaines. Nombre d'oeuvres déposées
dans le bâtiment disparaissent. Le Château de Nikolsburg (dans l'actuelle
République tchèque), l'un des dépôts de l'E.R.R., est en partie détruit
par un incendie au cours de l'avance russe. De nombreuses oeuvres des collections
françaises y étaient déposées. Les Soviétiques et le gouvernement tchèque
affirmeront ensuite que le château avait été entièrement détruit. Arrestation du marchand dart Jean-François
Lefranc, agent de Vichy, impliqué dans laffaire Schloss. A la Commission consultative
européenne de Londres, les Britanniques sopposent à lutilisation
de toute uvre dart, y compris celles de propriété allemande,
pour les réparations. Ils suggèrent aux États-Unis une politique analogue.
7 avril Les réserves dor du Reich, les objets en or enlevés aux cadavres juifs et de nombreuses peintures provenant des musées de Berlin sont découverts par larmée américaine dans les mines de Merkers-sur-la-Werra, proches de Weimar. 10 et 13 avril Sur ordre du Gauleiter dOberdonau Eigruber, des bombes sont placées dans les mines de Alt Aussee, abritant les collections de la Mission spéciale de Linz. Les bombes auraient du éclater avant que les mines ne tombent dans les mains des Alliés mais, le 3 mai, un contrordre du chef SS Kaltenbrunner empêche le désastre. 11 avril Une ordonnance française fixe les règles de transmission des biens saisis qui seront récupérés par l'État : les meubles et les objets d'usage domestique courant, non identifiables, seront répartis entre les personnes spoliées les plus démunies. Les autres biens pourront être récupérés par les ayants droit pouvant démontrer leur droit de propriété, et ceci dans un délai d'un an après la date légale de la fin des hostilités. Passé ce délai, ces objets mobiliers seraient vendus par l'administration des Domaines. Mais la date en question ne fut pas fixée. 28 avril L'Armée américaine atteint les dépôts de l'E.R.R. au château de Neuschwanstein. Malgré les transferts, mille trois cents tableaux des musées de Bavière et de nombreuses oeuvres saisies en France s'y trouvent encore, ainsi que toutes les archives de l'E.R.R. D'autres oeuvres saisies par l'E.R.R. seront ensuite trouvées dans le monastère de Buxheim et dans les dépôts de Chiemsee. mai L'armée américaine retrouve la collection
de Goering à Berchtesgaden. L'Art Looting Investigation Unit de l'O.S.S.
(Unité d'enquête sur les spoliations d'oeuvres d'art) commence son activité
en Allemagne, après avoir accompli des recherches préliminaires en France,
en Angleterre et en Espagne. Les principaux nazis impliqués dans le domaine
de l'art seront interrogés par les responsables du service.4 mai Rose Valland reçoit de la 1ère Armée française un ordre de mission de durée illimitée en Allemagne. 8 mai Les oeuvres destinées au musée de Linz sont retrouvées par l'armée américaine dans les mines autrichiennes d'Alt Aussee. 20 mai Un ordre du S.H.A.E.F. établit la création en Allemagne de dépôts collecteurs, où seront rassemblées les oeuvres d'art repérées par l'armée. Le principal "collecting point" sera installé à Munich. fin mai Rencontre à Londres entre John Nicolas Brown, conseiller culturel dEisenhower, le colonel Newton, représentant de la commission Roberts, et Edwin Pauley, représentant spécial de Truman. Ce dernier expose lintention de la présidence des Etats-Unis dutiliser les uvres dart de propriété allemande comme base pour les réparations de guerre. 11 juin À la Conférence des réparations de Moscou, la position soutenue par les Britanniques en avril à Londres pèse sur la décision finale, qui établit que les oeuvres d'art allemandes ne seront pas utilisées pour les réparations, les restitutions étant préalables. 17 juillet Au cours dune réunion privée à Postdam, le général Lucius Clay, gouverneur militaire adjoint de lAllemagne, expose au secrétaire dÉtat américain Byrnes son projet pour les uvres dart retrouvées en Allemagne. Tandis que les uvres saisies ou obtenues par les nazis dans les pays occupés doivent être rendues, celles qui appartiennent à lAllemagne et se trouvent en zone américaine pourraient être emportées aux Etats-Unis, où elles seraient "gardées en tutelle pour être rendues à la nation allemande quand elle aura regagné le droit dêtre considérée comme une nation". Le plan, soutenu par le président Truman, provoque en Amérique de vives controverses entre ses partisans et ceux qui, suite à la position plusieurs fois exprimée par les hautes sphères du gouvernement sur les réparations de guerre, craignent une appropriation pseudo-légale de ces uvres. Néanmoins, à la fin de lannée, deux cents uvres provenant du Kaiser Friedrich Museum de Berlin, déposées au collecting point de Wiesbaden, partent pour les Etats-Unis. Elles rentreront en Allemagne après une exposition itinérante, par lots successifs, dont le dernier part en avril 1949. septembre Ordre darrestation de Martin Fabiani, marchand dart fortement impliqué dans des trafics illégaux en France et notamment dans lexportation dune partie de lancienne collection Ambroise Vollard. Fabiani est condamné à une amende de cent quarante-six millions de francs. 3 septembre Restitution officielle de L'Agneau mystique des frères Van Eyck à la Belgique : il s'agit de la première restitution d'une oeuvre d'origine reconnue au pays concerné. 15 septembre Le quartier général américain lance officiellement le plan de restitution "en bloc" d'oeuvres d'art de provenance reconnue, demandant le retour immédiat à Paris de cinquante chefs-d'oeuvre d'origine française. 15 novembre Une ordonnance, dans la zone d'occupation française en Allemagne, impose aux citoyens allemands de déclarer les biens en leur possession qui auraient été enlevés des territoires occupés par la Werhmacht. Des dispositions analogues sont adoptées dans les autres zones d'occupation. 20 novembre Première audience des procès de Nuremberg. fin novembre Deux représentants de lO.S.S. sont envoyés en Suisse pour poursuivre les enquêtes sur le marché noir de lart pendant la période nazie. 2 décembre Les caisses d'oeuvres d'art saisies par l'E.R.R. en France et retrouvées à Neuschwanstein rentrent directement à Paris dans leur emballage d'origine, sans passer par un "collecting point". 10 décembre Le gouvernement suisse définit une loi sur les procédures de restitution des biens sortis des territoires occupés par les Allemands, dont l'application sera difficile. 12 décembre Accord quadripartite du Comité de coordination du Conseil de Contrôle allié en Allemagne sur une procédure de livraison provisoire de biens culturels au titre des restitutions. |
| 1945/ 1949 |
En France,
plus de quarante-cinq mille oeuvres et objets d'art restitués à la
Commission de récupération artistique, après les saisies
nazies, sont rendus à leurs propriétaires légitimes ou à leurs
ayants droit. A la fin de cette période, la direction des Domaines
sera chargée de vendre les quelques quinze mille objets et oeuvres
qui n'avaient pas encore été réclamés. La direction des Musées nationaux demande que les oeuvres les plus importantes lui soient confiées en garde, dans l'attente d'une réclamation encore possible. Suite à l'application du décret du 30 septembre suivant, environ deux mille oeuvres et objets seront préservés de la vente. 30 septembre 1949 Un décret met fin à l'activité de la Commission de récupération artistique à partir du 31 décembre 1949 et confie à l'Office de biens et intérêts privés la gestion des dossiers en cours ou futurs. Le décret prévoit la constitution d'une commission censée procéder à un choix parmi les oeuvres non restituées à leur propriétaire. Les oeuvres choisies seront attribuées à la Direction des musées de France. Elles seront exposées dès leur entrée dans les musées nationaux ou de province, désignés pour leur dépôt, et inscrites dans un inventaire provisoire mis à la disposition des collectionneurs spoliés. Un délai légal de revendication est prévu, mais non fixé. |
| 1950/ 1954 |
Exposition
au Musée national du château de Compiègne des deux mille oeuvres
(dont mille peintures environ) et objets d'art récupérés
et préservés de la vente par la commission de choix, afin
de permettre à d'éventuels ayants droit de reconnaître leurs biens. Après cette exposition, ils seront conservés par les musées nationaux ou seront mis en dépôt dans des musées de province. Dans les inventaires provisoires, distincts des inventaires des collections nationales, ils sont indiqués par plusieurs cotes d'identification, mais leur ensemble est communément dénommé "MNR" (Musées Nationaux Récupération). |
Chronologie établie
par Rita Cusimano à partir des ouvrages suivants :
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Jean Cassou, "Le Pillage par les Allemands des oeuvres d'art et des bibliothèques appartenant à des Juifs en France",
Éditions du Centre, Paris, 1947
Rose Valland, "Le Front de l'art", Librairie Plon, Paris, 1961
A. Kaspi, "Les Juifs pendant l'Occupation", Éditions du Seuil, Paris, 1991
Laurence Bertrand Dorléac, "L'Art de la défaite 1940-1944", Éditions du Seuil, Paris, 1993
Lynn H. Nicholas, "The Rape of Europe", Knopf, New York, 1994, (trad. française, "Le Pillage de l'Europe", Éditions du Seuil, Paris, 1995)
Hector Feliciano, "Le Musée disparu", Éditions Austral, Paris, 1995
ainsi que des "Rapports de Rose Valland 1941-1944" conservés aux Archives des Musées nationaux
Archives
Archives des Musées Nationaux
Archives du Ministère des Affaires étrangères