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Née en 1963, l’artiste Rachel Whiteread reçoit le très médiatique Turner Prize quelques mois seulement avant la destruction retentissante de son œuvre Houseen 1994.
L’une des sculptures les plus marquantes de la fin du 20 e siècle n’aura existé qu’à peine plus de deux mois. Officiellement inaugurée le 25 octobre 1993, House de Rachel Whiteread fut en effet détruite le 11 janvier 1994, après qu’une vague de débats eut secoué l’opinion comme rarement l’art contemporain avait pu le faire en Grande-Bretagne.
House s’impose comme le point culminant d’une lignée de monuments contrariés, impossibles mais occupe déjà une place distincte au sein de l’Histoire de l’Art.
Que commémorait House, par-delà la modeste maison victorienne vouée à la disparition dont elle prit la place pendant quelques semaines, sinon la nature fondamentalement transitoire de toute construction, aussi solide soit-elle et aussi promise à l’éternité souhaitions-nous la voir ?
Rencontre présentée par Jean-Pierre Criqui
1994 par François Cusset
Les mauvais jours reviennent, ces jours sombres où sont bien rares ceux qui, solitaires acharnés, parviennent à rester debout au milieu de la tempête. La guerre, d'abord : la tuerie d'Hébron relance le conflit israélo-palestinien ; l'ultimatum à la Serbie et les efforts de quelques intellos parisiens réunis dans la "liste Sarajevo" ne changent rien à la tragédie bosniaque ; l'envoi de troupes russes à Grozny pour mater la rébellion d'une poignée d'indépendantistes déclenche l'impitoyable guerre de Tchétchénie ; et dans l'indifférence coupable des puissances occidentales, les Hutus du Rwanda massacrent près d'un million de Tutsis en six semaines. Tout juste si le soulèvement des Indiens zapatistes du Chiapas et l'engagement de quelques vedettes du show-business en faveur des sans-abri parisiens viennent rappeler que certaines guerres valent mieux que d'autres. Le retour des spectres, ensuite, entre le procès tardif du milicien Paul Touvier et une fin de règne mitterrandien sous le signe de ses errements de jeunesse et de ses responsabilités dans le régime de Vichy. Et les suicides, en 1994, de Guy Debord ou du chanteur Kurt Cobain rappellent l'existence d'une seule issue de secours pour fuir enfin le désastre normalisé. L'actualité, en un mot, est propice à la réhabilitation des fortes têtes, des destins singuliers, de ces volontés d'airain qu'aucun ordre n'a fait plier et dont la puissance critique pourrait s'avérer précieuse dans la France d'Édouard Balladur. Le Centre, cette année-là, explore ainsi la cohérence du projet transgressif de Joseph Beuys ; il expose les échappées libres du dadaïste allemand Kurt Schwitters ; il explique la géométrie spatiale et spéciale de Sol LeWitt ; il exhume la France prolétaire sous le regard de Robert Doisneau ; ou encore, autre exilé d'envergure, il examine la ville-monde, ses traces et ses produits, ses passages et ses impasses, telle que l'avait théorisée Walter Benjamin. Les esprits d'exception, décidément, s'épanouissent à l'ombre des mauvais jours, dans le sillon laissé par l'avancée du désastre. Utile leçon contre les fatalismes ambiants : si certains ont pu tenir droit à travers les fascismes des années 1930, les tragédies de la Seconde Guerre mondiale et les propagandes de la guerre froide, il serait dommage que d'autres s'aplatissent aujourd'hui, à l'abri de la France paisible et normalisée du milieu des années 1990. Tous les textes de François Cusset -->
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