Réalisateur, acteur, scénariste, Alain Cavalier
réalise avec ce journal d’une expérience amoureuse
commencé en 1993 un film à fleur de peau, véritable
ovni cinématographique. Alain Cavalier filme au quotidien des objets
personnels, des fragments de corps, tous ces riens qui font les petits
bonheurs, les menus chagrins, les grands moments d’amour, pour composer
une chronique intimiste, à la fois documentaire et romanesque.
Avec une esthétique minimaliste qui s’inscrit dans l’évolution
de plus en plus épurée de son cinéma, La Rencontre
est une déclaration d’amour pudique à une femme, le
cinéaste faisant partager ce que l’état amoureux a
d’absolument unique : le bouleversement radical du regard. Crédits
photos : droits réservés
Seront également présentés huit courts métrages
réalisés par Alain Cavalier à l'occasion de l’édition
DVD de La Rencontre, à sortir fin février 2007
: La Petite Usine à trucages, La Danseuse est créole,
Chat du soir, Bombe à raser, La Fille de
Brioche, J’attends Joël, Agonie d’un
melon, Bec d’oiseau en plexiglas.
1993 par François
Cusset
L’Autriche, ou l’art de faire bonne impression : n’ont-ils
pas réussi, comme on s’en amuse dans le monde germanique,
à faire croire à tout le monde que Beethoven était
autrichien et Adolf Hitler, allemand ? Décidément duplice,
l’Autriche n’est pas seulement, en matière d’avant-garde,
la Vienne de Freud et Klimt célébrée au Centre en
1986, messianique et mélancolique, elle est aussi le berceau de
l’« Aktionism » des années 1960, cette expérience
mutilante et intempestive dont portent témoignage, dans le programme
de 1993, les photos de 1965-1966 prises par Rudolf Schwarzkogler et celles
des descentes aux enfers du pionnier Günter Brus — expérience
éphémère de l’actionnisme viennois qui valut
au vieux mythe orphique du « grantart » une sacrée
gueule de bois, et à l’Occident « civilisateur »
l’inquiétude panique de ses marges. Car l’action, ici,
ne s’affuble d’un –isme que pour mieux s’aguerrir
: art contractif, contractionné, contresthétique. Qu’il
se lacère à même une grande toile blanche ou bien
peigne sa femme en noir, traînée dans les flaques de peinture
d’un coin de studio, Günter Brus ne cesse de mettre à
l’épreuve, selon le titre de cette exposition, la «
limite du visible », au sens strict d’un passage « en
acte » de l’autre côté de la représentation,
pas au sens platement métaphorique des éternelles querelles
entre iconophiles et iconoclastes. Dans ce refus de la métaphore,
ce risque du dépouillement, ce jeu avec les gouffres, les actionnistes
viennois, avec ou sans le sang et les excréments, semblent rejoindre
cette année-là d’autres sombres invités du
Centre : Zao Wou-Ki et Pierre Alechinsky, réunis pour « Manifeste
II », ou Jean Baudrillard, Bill T. Jones, et même Bernard-Marie
Koltès — le temps d’un hommage au dramaturge, disparu
trois ans auparavant, et à sa brève traversée de
la violence du monde. L’Action peut donc être perdition, circonvolution,
séparation d’avec soi, fulguration aussi, tout le contraire
de l’impuissance du dominé, ou alors, en face, des ratés
tragiques de la vieille « action politique » des gouvernants.
Car l’année où meurent Fellini et Léo Ferré
est aussi celle où l’Amérique et l’ONU envoient
leurs soldats « restaurer l’espoir » en Somalie, pour
un résultat pire que le mal, celle où le nouveau premier
ministre Édouard Balladur veut consulter en sondage national une
« jeunesse » qui préfère lui répondre
dans la rue, et celle où son prédécesseur Pierre
Bérégovoy se donne la mort quelques semaines après
avoir quitté Matignon. Le genre d’année où
l’action, nécrosée, s’inventerait bien une autre
politique. Tous les textes de François
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