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Les Revues Parlées Histoire des Trente 1977-2007
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1997
LE JUGE ET L'HISTORIEN
CARLO GINZBURG
26 avril 07 à 19h30, Petite salle

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S’il est un grand historien des vaincus, des obscurs, des vies minuscules et de l’histoire par le bas, un historien qui pour autant ne voulut jamais « construire un panthéon des victimes [mais] juste compliquer le jeu », c’est bien Carlo Ginzburg, professeur aux universités de Bologne puis de Californie (UCLA). Né en 1939 à Turin, puisant d’abord ses intuitions décisives chez Antonio Gramsci et Walter Benjamin — d’où il tirera sa propre démarche perspectiviste —, il s’intéresse très tôt aux situations de procès et aux problèmes qu’elles posent au travail historique : tribunaux de l’Inquisition dans Le Sabbat des sorcières ou procès des années de plomb italiennes dans Le Juge et l’historien, où il commente notamment l’Affaire Sofri. Qu’il retrace l’itinéraire sans traces d’un meunier du Frioul au 16e siècle (Le Fromage et les vers), réinterroge le contexte dans lequel s’est déployé un maître du Quattrocento (Enquête sur Piero della Francesca) ou analyse la place de l’aventure insulaire dans l’imaginaire littéraire britannique (Nulle île n’est une île), Ginzburg allie la microhistoire critique et l’archéologie culturelle pour mieux désenclaver la démarche historique — montrer qu’elle oscille sans cesse entre fiction et idéologie, sans jamais se confondre avec elles. Crédits photos : L'Affaire Sofri.

Rencontre précédée de la projection du film de Jean-Louis Comolli, L’Affaire Sofri (France, 2001, 65’). d’après l’ouvrage Le Juge et l’historien de Carlo Ginzburg.

1991 par François Cusset
Là où Marcel Duchamp trouvait à La Joconde l’air aguicheur de celle qui a « chaud au cul » (rebaptisant en 1919 L.H.O.O.Q. le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci), et où André Breton et ses amis pouvaient insulter vertement le cadavre non encore inhumé de l’académicien Anatole France, l’Américain William Wegman se contente, un demi-siècle plus tard, d’appeler son chien Man Ray — comme le nom d’un club à la mode ou d’un produit de beauté. Et là où Artaud montait jadis le théâtre de Roger Vitrac en lui imposant les transes du rituel balinais, Bob Wilson en cette fin de siècle s’arrange juste pour faire danser quelques personnages bariolés sur les bords d’un vaste chapeau Panama — flirtant avec le clip autant qu’avec la nouvelle correction politique. Aurait-on troqué, ici et là, l’injure pour le respect poli, l’écart pour l’inclusion, la grande lutte pour le petit dénominateur commun ? C’est cette hypothèse, celle d’une obsolescence historique de la subversion, qu’accréditent a contrario en 1991, au hasard des galeries du Centre, l’évocation de Breton et de son crédo de la « Beauté convulsive » (parodié jadis justement par Man Ray) mais aussi la grande rétrospective Max Ernst ou les mauvaises humeurs diverses, soudain aussi anachroniques les unes que les autres, de Witold Gombrowicz, de Jean Vilar ou du dernier Picasso. Peut-on encore s’emporter, en 1991, pour la seule joie d’une rage, s’opposer frontalement sans égrainer aussitôt les circonstances atténuantes de ce qu’on attaque, ou prendre le risque de la solitude en s’abandonnant au plaisir de tout moquer, de tout refuser, de tout dénier — plaisir forcément excessif, plaisir politique à force d’être en excès ? Non bien sûr, ça ne se fait plus, et c’est même le seul « non » que semble oser proférer une année qu’inaugurent, dès l’hiver, l’expiration de l’ultimatum de l’ONU à Saddam Hussein et le lancement de l’opération militaire « Tempête du désert ». Car entre ceux qui trouvent des airs hitlériens à la moustache du Raïs et ceux qui dévalisent leur épicerie de peur qu’un missile Scud irakien ne dévie jusqu’en nos paisibles contrées, l’opposition à cette guerre-là et la critique de cette Amérique-là ne sont pas aussi majoritaires qu’elles le seront en 2003, si elles ne sont pas même intenables en cette grande année du Retour de la Guerre. Tandis que les Slovènes exigent de Belgrade leur indépendance et que les islamistes algériens rencontrent un succès foudroyant, menant en 1992 au double déclenchement de la guerre civile en Algérie et des conflits sans fin de l’ex-Yougoslavie, la guerre en France mobilise peu à peu les imaginaires; elle militarise les esprits, soumet les réfractaires. On en oublierait presque qu’elle fut aussi, à des époques pas si lointaines — que le Centre invite opportunément à redécouvrir —, la seule attitude cohérente face à l’ordre existant et aux normes dominantes. Il y a peu encore, l’art menait ses guerres : va-t-il désormais se mettre lui aussi au service de la Guerre Officielle ? Tous les textes de François Cusset -->


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