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Les Revues Parlées Histoire des Trente 1977-2007
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1997
LES COLONNES DU PALAIS ROYAL
DANIEL BUREN
23 mai 07 à 19h30

77 79 84 97 82 78
83 93 90 91 98 86
81 92 88 85 07 00
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Les œuvres de Daniel Buren se reconnaissent à leur alternance systématique de bandes blanches et de couleur d’une largeur de 8,7 cm. Ces rayures, qui proviennent de tissus en lin que Buren a trouvés au marché Saint-Pierre à Paris en 1965, renvoient en réalité à des préoccupations de peintre. Au début des années 1960, Daniel Buren réalisait de grandes toiles dont certaines parties étaient préalablement recouvertes de papier adhésif. Ce cache, une fois enlevé, révélait le support sur lequel le reste du tableau avait été peint. Le même principe vaut pour les œuvres en trois dimensions. Les sculptures de Buren dans l’espace public sont des travaux in situ. Réalisées spécifiquement pour le lieu destiné à les accueillir, elles en révèlent des propriétés cachées. C’est le cas des Deux Plateaux, commande de l’État français pour la cour d’honneur du Palais-Royal à Paris, qui a provoqué de houleuses polémiques au moment de sa réalisation l’année même, 1986, où Daniel Buren obtint le Lion d’Or à la Biennale de Venise. Crédits photos : à gauche, Daniel Buren, Guggenheim Museum, 2005 ; à droite, photo-souvenir : Les Deux Plateaux, travail in situ, cour d'honneur du Palais-Royal, 1986.

1986 par François Cusset
Vienne-1900, Paris-1986. Curieux reflet que celui d’un lieu au présent dans le miroir d’une exposition consacrée à un monde et une époque passés, distants sans lui être étrangers, incomparables tout en annonçant peut-être les mêmes désastres ? Entre la France schizophrène des années 1980, soumise et volubile, exsangue et enjouée à la fois, et l’exposition si commentée « Vienne, naissance d’un siècle (1880-1938) », le reflet n’est pas direct, impossible répétition de l’Histoire; la vérité sourd plutôt d’une lumière de biais, d’un même écart, de référents opposés mais de paniques communes : le retour d’un certain refoulé sexuel, la dissolution narcissique des repères, le désenchantement politique, la ville-monde en pleine transition historique. Du Ballet triadique recomposé pour l’occasion au Café viennois bondé du Centre, on déambule ainsi dans un monde reconstitué, pareillement extralucide et suranné, critique et mélancolique. Quand on ne croise pas, de colloque en exposition, quelques grands spécimens du pessimisme actif de la modernité, phares obscurs jetant leur rais de pénombre sur l’entre-deux-mondes viennois — Musil, Kafka, Webern, Mahler, Schoenberg, Freud, Kokoschka ou Egon Schiele. On dira que la France de Bernard Tapie et de Jean-Jacques Goldmann, de la première cohabitation et du plateau télé, ne fait pas vraiment le poids, qu’elle ne mérite pas ce glorieux parallèle, malgré sa jeunesse créative et ses étudiants assassinés par la police (Malik Oussékine, lors des manifestations contre le projet de loi Devaquet). Ou qu’elle n’est, au mieux, que l’autre extrémité d’un même spectre, la conclusion lamentable d’une séquence historique commencée dans les derniers feux des Habsbourg — commencée peut-être justement par cette prophétie-là, quand quelques esprits libres pressentirent les impasses terminales de la modernité. On le dira, et on n’aura pas tort. Mais c’est aussi aux différences de souffle entre époques qu’on doit la justesse de cet éclairage biaisé. Car en deux temps incommensurables, peut s’imposer avec une acuité semblable, même exprimée par des humeurs inverses, la certitude du pire. De ce point de vue, sismographique en quelque sorte, la France de Mitterrand rejoint ce « laboratoire de l’Apocalypse joueuse » qu’était, selon le mot de Karl Kraus, la Vienne de la Belle époque. Car derrière les paillettes de cette année française sans présent, épuisée dans la promotion d’elle-même, derrière l’enthousiasme néophile, pour le Minitel ou l’ecstasy, la télé privée ou l’antiracisme, l’effet-Vienne révèle aussi au cœur du champ culturel hexagonal la tristesse des désabusements, la gesticulation du désespoir, la joie noire des champs de ruine. L’accident de moto de Coluche n’est pas le suicide de Schiele, et les dérapages de Le Pen n’annoncent aucun Anschluss, mais un fil relie les deux époques par-dessus le court 20e siècle — quelque chose comme une même prescience de l’absence de lendemain. Tous les textes de François Cusset -->


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