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Les Revues Parlées Histoire des Trente 1977-2007
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1997
OUVERTURE DE L'IRCAM
PIERRE BOULEZ
présenté par Jean-Pierre Derrien
07 mars 07 à 19h30, Petite salle

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S'il y a en France, en 1978, un homme chez qui les deux cultures « savante et artiste » se rejoignent, c'est bien Pierre Boulez. Après avoir enseigné à Harvard et à Bâle, pris la suite de Leonard Bernstein à l'Orchestre philharmonique de New York, dirigé l'orchestre symphonique de la BBC, Pierre Boulez rentre en France pour fonder et diriger l'Institut de recherche et coordination acoustique /musique (Ircam). Il est à la même époque nommé professeur au Collège de France et président de l'Ensemble intercontemporain. Ce mouvement vers l'institution pouvait surprendre de la part d'un homme qui se méfiait autant des blocages de l'État que des normes du marché. Mais il est à comprendre, pour Boulez, qui a toujours oeuvré à moderniser non seulement la musique mais aussi les conditions de sa pratique et de sa diffusion, comme un acte politique en vue de redéfinir la place et la fonction de l'art dans le monde nouveau, où la recherche, la technologie et la création, loin de se tourner le dos, s'accompagnent. « Quel est donc le rôle de la pensée dans ce qu'on fait si elle ne doit être ni simple savoir-faire ni pure théorie ? Boulez le [montre] : donner la force de rompre les règles dans l'acte qui les fait jouer. (Michel Foucault, Pierre Boulez, l'écran traversé, 1982). Crédits photos : Ircam/Centre Pompidou

1978 par François Cusset
La vocation pluridisciplinaire du Centre passe par « l’entrechoquement des deux cultures savante et artiste », au risque d’un mélange des genres bien éloigné de la « clarté et la monovalence [propres à] l’école » : dans l’éternel combat des « séparatistes » contre les « défenseurs des recroisements », conclura le philosophe François Dagognet, le Centre dispose d’une arme inédite, une conception singulièrement élargie de la technologie. Pas seulement la triviale technique au service d’une transcendance artiste, mais l’art lui-même comme dispositif. Pas seulement le dialogue feutré de ces deux vieux cousins, mais leur confrontation in situ. Pas seulement une pensée, mais une inquiétude de la technique : la hanter, l’électriser, la traverser, la défamiliariser pour mieux la réapproprier. Entre art et technologie, il faut des sites de rencontre : l’architecture bien sûr en son irréductible bâtardise, qu’il s’agisse de réinterroger Le Corbusier ou de célébrer « les femmes architectes », la bande dessinée en tant qu’artisanat guetté par l’industrie, mais aussi les rapports nouveaux explorés cette année-là entre « création graphique et ordinateur ». Et pour rappeler que la question technique, irréductible aux soucis de méthode ou au petit-sujet-du-processus, embrasse bien tout l’art du monde, rien de tel que d’exposer sous un jour neuf quelques propositions radicales de l’ère moderniste : Kasimir Malevitch, Jasper Johns, Henri Michaux et Pierre Alechinsky. Technique, nom propre de toute synesthésie, passerelle entre les sens, comme l’énonce à même la Piazza l’étrange Diatope de Iannis Xenakis, simple « acte de lumière et de son ». La Technique, de fait, surdétermine l’an 1978, qu’elle écartèle entre opacité et transparence : l’empreinte noire et visqueuse du néo-capitalisme quand l’Amoco Cadiz échoue au large des côtes bretonnes, les promesses solaires que porte « l’informatisation de la société française » selon le rapport éponyme remis par Simon Nora et Alain Minc, la lancinance électronique de l’album pré-techno Man-Machine de Kraftwerk, ou les nouvelles utopies du temps-bulle offertes par le walkman et le magnétoscope – qui font leur apparition en France en 1978. Les nouveaux philosophes ont beau déjeuner à l’Elysée, l’Italie pleurer Aldo Moro, le professeur Faurisson nier les chambres à gaz et les généraux argentins accueillir le Mundial de football, le Temps de la technique n’est plus celui de la politique : à la fois plus vaste et plus infime, il prend désormais dans ses filets l’existence quotidienne aussi bien que la survie de l’espèce. Le Centre, lui, y installe sa vigie, scrutant l’énigme technique sans jamais la dissocier de celle de la création. Car la Technique toujours requiert son supplément d’audace, et « l’audace est notre problème », selon la devise de Rainer-Maria Rilke. Tous les textes de François Cusset -->

 


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