Diplômé de l’École nationale supérieure des arts décoratifs en 1964, Pierre Bernard part en Pologne étudier l’art de l’affiche avec Henryk Tomaszewski à Varsovie. En 1970, il fonde le collectif Grapus
avec François Miehe et Gérard Paris-Clavel, rencontrés pendant le mouvement étudiant de Mai 68.
Ils sont rejoints en 1975 par Jean-Paul Bachollet et Alex Jordan. Pendant ses vingt ans d’existence,
Grapus accueillera de nombreux graphistes français et étrangers pour des périodes de quelques mois à plusieurs années. La production de l’atelier marquera durablement l’histoire du graphisme par la liberté et l’originalité
de son style mais aussi par son engagement politique fort.
En 1990 Pierre Bernard crée l’Atelier de création graphique après avoir conçu, entre autres, l’identité graphique du Musée du Louvre et celle des Parcs nationaux de France et c’est depuis 2001 qu’il met en œuvre celle du Centre Pompidou. Il est membre de l’Alliance graphique internationale depuis 1987.
Pierre Bernard est le lauréat 2006 du prix de la Fondation néerlandaise Erasmus, décerné chaque année à une personnalité choisie pour sa contribution exceptionnelle à la culture en Europe. Le prix était dédié en 2006 au « graphisme pour le domaine public ». Il est suffisamment rare qu’une distinction internationale aussi prestigieuse soit décernée à un graphiste pour que l’événement vaille d’être apprécié.
Rencontre présentée par Romain Lacroix.
2006 par François Cusset
Et si on riait un peu ? Avec, cette fois, plutôt qu’aux dépens de. Avec Jean-Luc Godard d’abord, le réalisateur de Détective s’improvisant cette fois commissaire, en poursuivant au Centre avec l’exposition « Voyage(s) en utopie, Jean-Luc Godard 1946-2006 » l’entreprise de décalage systématique (avec la norme, la bien-pensance, la narration, et toujours la raison cinématographique) ouverte en 1998 par la publication de ses Histoire(s) du cinéma. Avec Nam June Paik ensuite, disparu sans prévenir au début de l’année, le temps d’un hommage non programmé aux tactiques espiègles de celui qui sut, comme personne, jouer à cache-cache avec nos écrans et nos images versatiles. Avec Jean Eustache aussi, déployé quant à lui sur les écrans du Centre, pour peu qu’on se récite une énième fois les dialogues improbables de Jean-Pierre Léaud, Bernadette Lafont et Françoise Lebrun dans La Maman et la Putain. Avec les fans sous psychotropes de la ville de Los Angeles, qui a su alimenter des décennies de science-fiction pulp ou d’anthropologie urbaine engagée (Mike Davis), et que le Centre expose cette année sous la figure de la métamorphose continue (« Los Angeles (1955-1985) / Morphosis »). Avec les responsables des activités pour enfants, qui ont imaginé en 2006 un drôle de face-à-face, destiné aux 5-12 ans, entre les chefs-d’œuvre du Louvre et ceux du Centre, histoire de brocarder la concurrence des institutions autant que la vieille notion de chef-d’œuvre. Et si on a le rire philosophique, on peut même essayer de faire réagir ses zygomatiques aux bleus sans fond d’Yves Klein, puisqu’on a bien le droit de voir dans ce travail de dématérialisation de la couleur un pied de nez à quelques millénaires de peinture colorée. Évidemment, il s’agit moins avec ces « rires » d’esclaffement ou de fou rire irrépressible – peu compatibles avec la logique muséale, hélas – que de ce qui circule entre nous quand nous branchent les uns sur les autres un geste ironique, un instant de décalage ou un joli bras d’honneur à toute l’histoire de l’art. Il s’agit de cette communauté sans assise qui n’a rien d’autre à faire ensemble, ou même à faire là, que d’occuper le terrain et d’inventer une complicité nouvelle, gratuite et improductive – scandaleuse, en un mot. Il s’agit de cette communauté que change en politique le fait d’être rassemblé au bon moment par la joie d’un imprévu, cette communauté qui vient (comme on le dit d’un fou rire…) dont l’année 2006 offre deux exemples prometteurs : le vaste mouvement étudiant et lycéen français d’opposition au Contrat Première Embauche, et la collectivisation démocratique de la ville mexicaine d’Oaxaca à l’initiative d’instituteurs en lutte contre le pouvoir. Les deux expériences feront long feu, bien sûr, mais qu’on se rassure : on n’a pas fini de rire. Tous les textes de François Cusset -->
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