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Les Revues Parlées Histoire des Trente 1977-2007
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1997
ICONOCLASH / JUBILER
bruno latour
21 novembre 07, 19h30, Petite salle


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Sociologue des sciences et anthropologue du contemporain, Bruno Latour enseigne à Sciences-Po après avoir été pendant vingt-cinq ans professeur à l’École des Mines, où il animait le Centre de sociologie de l’innovation. Son travail original, largement reconnu dans le monde anglo-saxon, se situe à la croisée d’une sociologie constructionniste des sciences, qu’il pratique depuis ses premières observations des laboratoires californiens (La Vie de laboratoire), d’une analyse des dispositifs techniques dans leur rapport à la démocratie et aux pratiques politiques, qu’il s’agisse du lien de la science avec l’État ou l’Histoire (La Science en action) ou bien d’une ethnographie du Conseil d’État (La Fabrique du droit), et d’une contre-histoire intellectuelle volontiers provocante (Nous n’avons jamais été modernes, L’Espoir de Pandore). Bruno Latour élargit son champ d’action en 2002, par un livre (Jubiler, les errements de la parole religieuse) et une exposition, « Iconoclash », qui confronte les modes de représentation, les modes de construction et de destruction d'images en science, en religion et en art.

2002 par François Cusset
La Réaction triomphe. Pendant qu’elle reprend les rênes d’une Amérique paralysée par le choc du 11 septembre, elle a la voie libre en France, reformulant dans ses termes tout le débat public, sans risquer désormais d’être contredite. Qu’on en juge : après l’anti-modernisme sans concession d’un Philippe Muray, l’anti-progressisme désespéré d’un Pierre-André Taguieff ou même la misère sexuelle version Michel Houellebecq, un pamphlet de Daniel Lindenberg met le feu aux poudres en conspuant les « nouveaux réactionnaires » français, et en réduisant de fait le débat au face-à-face d’une déferlante conservatrice et d’un centre-gauche fatigué. D’autant plus que de l’autre côté, la pensée critique, à peine réveillée de sa longue cure de sommeil, perd son unique maître-penseur, avec la disparition dès janvier du sociologue Pierre Bourdieu. Et à la haine partout confessée de « l’esprit 68 », s’ajoute la disparition électorale de la gauche – avec la brusque translation à droite du paysage politique qu’accomplit la catastrophe du 21 avril 2002, images ineffaçables et soudain normalisées du candidat de la gauche « se retirant » et du tribun d’extrême-droite en tête des résultats. Au Centre, pendant ce temps, c’est une année comme une autre, c’est-à-dire résolument singulière ; mais dans un tel contexte, national et mondial, ce qui s’y passe en devient d’autant plus précieux, se chargeant de résonances multiples, et d’un espoir critique. Fausse devinette et vraie énigme, la question posée aux conférenciers invités cette année, de Georges Didi Huberman à l’Américain Leo Bersani, s’avère ainsi particulièrement opportune : « Que reste-t-il du vingtième siècle ? » Fidèle à la certitude du groupe surréaliste de 1924 selon laquelle tout changement de monde suppose d’abord un bouleversement de la perception, l’exposition composite « La révolution surréaliste », en embrassant tous les types d’art et toutes les formes de pensée, invite à s’arracher encore et encore aux impasses du présent. On a aussi le libre jeu des corps dans « Vidéodanse » ou dans les performances d’Alain Buffard, et la confrontation au sommet de Matisse et de Picasso. Même la grande rétrospective Roland Barthes vient rappeler ce qu’une relecture des classiques, une analyse de la photographie ou une sémiologie des clichés d’époque peuvent avoir de plus puissamment critique, et de plus iconoclaste, que certaines résistances hors-papier. Entre une rétrospective Brian de Palma et deux soirées d’hommage à Maurice Blanchot – qui lui aussi disparaît en 2002, aussi secrètement qu’il avait vécu –, on finira bien par trouver le chemin de la sortie, hors des fatalismes d’époque, des régressions collectives, du chaudron réactionnaire. Et si on ne la trouve pas, on aura toujours frayé en plus nobles parages que si l’on en était resté au monde monovalent des « néo-cons » et des « archéo réacs » : ce monde tel qu’il est dans lequel désormais nous sommes condamnés à vivre, comme le prédisait en 1995 un autre prophète de la Réaction, l’historien François Furet. Tous les textes de François Cusset -->

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